Cage

Cage

Il ne s’agit pas de résumer, ici, de façon exhaustive l’immense, prolifique et multi-forme carrière du grand artiste que fut John Cage, mais plutôt d’en offrir un bref aperçu qui incitera, je l’espère, à en savoir plus.

Il s’agit bien de “l’artiste” que fut John Cage et pas seulement du “compositeur” car si elle prend source dans la musique, son influence en a rapidement débordé pour toucher tous les arts et faire de lui un des artistes majeurs du XXème siècle, tous domaines confondus.

Le compositeur François Bernard Mâche a dit de lui avec ironie: “John Cage, c’est les idées sans la musique, mais c’est tout de même beaucoup mieux que l’inverse”, phrase qui aurait certainement fait rire aux éclats le compositeur de Los Angeles, tel qu’on le voit, hilare, sur de nombreux portraits.

En guise d’introduction j’aimerais publier ici la lettre d’un jeune compositeur, Charles Berry, adressée à John Cage et la réponse de celui-ci:

“1 er Novembre 1982,

Cher Monsieur Cage,

Le texte qui suit est le cri de colère d’un jeune compositeur demandant explications et justifications de ce qu’il perçoit comme les absurdités d’un collègue aîné.

Il est lancé comme un défi. Je vous mets au défi de vous expliquer pour pouvoir, peut-être, mieux vous comprendre. Et soyez assuré que je préfère sincèrement la compréhension à la colère.

Monsieur Cage: je vous accuse des faits numéro 1 et 2 suivants et vous tiens directement responsable de la situation décrite en numéro 3.

  1. Vous avez systématiquement abâtardi l’art de la composition musicale par abus de langage. En redéfinissant le mot “musique” par l’affirmation que “tout est musique” vous avez vidé ce mot de son sens. Si tout est musique, alors, rien n’est musique. Et de ce fait, les compositeurs n’existent plus… il ne leur reste, tout simplement, plus rien à faire.
  2. Vous avez déclaré: “Mon intention est de supprimer l’intention”. Vous voudriez que tous les compositeurs éliminent la beauté, la sincérité, la joie, la compassion, l’expression et l’amour à l’intérieur de leurs œuvres. Vous voudriez que tous les compositeurs ignorent ces qualités musicales essentielles que l’humanité à appréciées depuis des siècles.
  3. Pour résultat de votre philosophie nihiliste de la musique et de vos absurdes expérimentations musico-sociologiques, la plupart des jeunes compositeurs ont été complètement coupés de leurs ainés, du reste de la communauté musicale et  du public des concerts. Le public des concerts (aux USA) se désintéresse complètement, pour sa plus grande part, de la Nouvelle Musique, ayant été convaincu qu’il n’y avait aucun sens ni aucune sincérité dans le travail de la plupart des compositeurs du XXème siècle. Vous avez causé un quasi-total effondrement de la culture musicale dans ce pays et n’avez rien laissé pour nous (les jeunes compositeurs) avec quoi nous puissions travailler. Nous ne recevons aucun soutien et nos motivations, en tant que compositeurs, sont constamment regardées avec suspicion.

Pour finir, je pense, que le Grand John Cage, “grand-père de la musique moderne” est un comédien nihiliste jouant devant un public de moutons endoctrinés.

Son art n’est pas un art: c’est un blasphème.

Sincèrement,

Charles Berry”

La réponse de John Cage à cette sévère mise en accusation:

“21 Novembre 1982,

Monsieur Charles Berry,

Il semble que ce qui vous met en colère soient mes écrits, mes idées. Je suggère que vous cessiez de vous y intéresser et vous concentriez sur les vôtres. Tournez votre attention vers ce en quoi vous croyez.

C’est ce que j’ai fait, moi-même. Ainsi, j’ai trouvé des moyens compositionnels autres, qui ont permis l’introduction de bruits et de sons dans la musique grâce aux nouvelles technologies.

J’ai redécouvert l’aspiration traditionnelle de la musique, à savoir:

a) Imiter la nature dans sa manière d’opérer, et

b) Calmer et tranquilliser l’esprit pour lui permettre l’accès à des influences divines.

Alors, je me suis trouvé libéré de toute expression personnelle. La musique est devenue une discipline, un style de vie. J’ai toujours remarqué que très peu de gens sont intéressés par la Nouvelle Musique. Il m’a fallu atteindre 50 ans avant qu’il y ait la moindre acceptation de ma musique. Je suis maintenant beaucoup plus âgé mais mon travail reste très controversé comme en témoignent vos sentiments.

Sincèrement.

John Cage”

Et la réponse finale de Charles Berry:

“Cher Monsieur Cage,

Merci pour votre lettre. Elle m’a donné une bien meilleure compréhension de l’objectif et de la substance de vos idées et de votre musique.

Pour le moment, je suivrai votre suggestion de me concentrer sur mes propres instincts créatifs. Mais je me sens pressé d’étudier votre travail plus avant.

Dans le futur je me sens capable, assez probablement, d’approcher votre travail sous une perspective différente et de le trouver stimulant et intéressant.

Sincèrement.

Charles Berry”

(A suivre…)

 

Correspondance extraite de “New Directions in Music” de David Cope  – éditions Waveland Press

Bibliographie:

“John Cage” de Jean-Yves Bosseur – éditions Minerve

“Silence” de John Cage éditions Denoël X-Trême

“Conversations avec John Cage” de Richard Kostelanetz

“Pour les oiseaux” de Daniel Charles; entretiens – éditions de L’Herne

 

John Cage “Dream”

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