Musique sérielle

Musique sérielle(1)

La musique sérielle, ou sérialisme, est la systématisation d’un ou plusieurs paramètres pendant la composition, par le moyen d’une série de valeurs qui sera toujours jouée dans l’ordre de la série initiale et/ou de ses transformations formelles.

Dans sa forme première le sérialisme se limitait à la série de douze tons, exempte de toute hiérarchie tonale. Cette absence de hiérarchie tonale impliquait qu’aucune note ne pouvait être répétée jusqu’à ce que les douze tons chromatiques aient été tous joués dans l’ordre de la série.

La technique dodécaphonique, inventée par Arnold Schoenberg au début du XXème siècle à Vienne, procure au compositeur un champ chromatique illimité, consistant et homogène, par l’évitement systématique de toute polarisation tonale, lui permettant de favoriser l’exploration d’autres domaines d’expression musicale comme le timbre, le rythme et le développement mélodique.

Les transformations formelles de base sont : la forme droite(série initiale), la forme renversée(renversement des intervalles), la forme rétrograde (ordre inversé, partant de la fin vers le début) et la forme renversement rétrograde qui combine les deux précédentes. A ces transformations, provenant des techniques traditionnelles du contrepoint, s’ajoutent les transpositions qui s’élèvent à douze, multipliées par les quatre formes précédentes, soit 48 variations de la série initiale.

Construisons une série de douze tons:

Musique sérielle

 

 

et les quatre transformations formelles ou quatre états:

Musique sérielle

 

 

 

Ces transpositions peuvent être ordonnées dans l’ordre de la série initiale que l’on peut regrouper dans un tableau:

(Les altérations ne sont valides que note à note)

Musique sérielle

 

 

Chaque nouvelle série étant transposée selon la succession de ses propres notes, on s’aperçoit que l’ordre est conservé horizontalement, verticalement et de même en lecture rétrograde.

Les notes conservent toujours leurs registres et leurs index. Les hauteurs seront donc exprimées, initialement, en valeurs absolues, pouvant ainsi changer la valeur des intervalles lors des transpositions et des inversions.

Ainsi apparaît un deuxième tableau qui est celui des index(les petits nombres). Ils conservent, comme on peut le voir, la même cohérence dans les permutations que les séries de hauteurs. Ces index pourront servir à « sérialiser » n’importe quels paramètres: attaque, timbre, durées, dynamiques, modes de jeu, pour peu qu’on les indexe également. C’est ce qu’on appellera le « sérialisme intégral » avec pour objectif d’offrir une « cohérence maximale » de tous les paramètres d’une œuvre. Procédé de composition qui sera, par la suite, sévèrement critiqué pour son systématisme.

Un autre tableau réalisé à partir de la série inversée sera réalisé:

Musique sérielle

Chacun de ces deux tableaux peut être lu de droite à gauche et de bas en haut pour obtenir les rétrogrades.

Pierre Boulez: « On obtient ainsi un tableau des transpositions et des renversements cohérent, puisqu’il exprime la limite que l’on fixe – grâce à une permutation première – aux permutations dont on va se servir pour une œuvre. On a ainsi défini l’univers de cette oeuvre par un réseau de possibles. De plus, la prise de possession de cet univers, indifférencié jusqu’au moment où l’on a choisi sa série, s’effectue selon le schéma même de cette série ».

Il s’agit donc, presque, d’un parcours fléché, à sens multiples, avec  des bifurcations possibles grâces  à des groupes de notes pivots pour effectuer des connections d’une transposition à une autre tout en gardant la cohérence.La dimension verticale, l’harmonie, si on peut encore utiliser ce mot, découlera également des différents tableaux et de leur combinatoire.

Dans un deuxième temps la question des registres sera élaborée, libérant les notes de leurs valeurs absolues, le changement de registre acquiert alors une force comparable à la modulation tonale. (cf Pierre Boulez)

Les précurseurs de l’atonalité, du dodécaphonisme et de la musique sérielle sont Arnold Schoenberg, Alban Berg et Anton Webern qui sont souvent désignés par le terme: « Seconde école de Vienne ».

 

Une des œuvres-phare du sérialisme et de la « Seconde École de Vienne », Concerto à la mémoire d’un ange d’Alban Berg

(A suivre…)

 

Jean-Michel Darrémont

 

Bibliographie

« Points de repère I – Imaginer »  Pierre Boulez edition Christian Bourgois

« Penser la musique aujourd’hui »  Pierre Boulez  édition Gallimard (1963) une sorte de « bible » de la musique sérielle qui a influencé beaucoup de compositeurs.

« Techniques of the contemporary composer »  David Cope edition Schirmer

« New Directions in music » David Cope edition Waveland Press

« Introduction à la musique de douze sons », René Leibowitz édition l’Arche (Paris 1949) élève de Schoenberg, de Webern et de Ravel, il fut l’introducteur du dodécaphonisme en France. Pierre Boulez qui fut un de ses élèves le critiquera, plus tard, sévèrement.

Modern Twelve-tone Technique  Gordon Delamont edition Kendor Music

 

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